Il y a tous ceux qui se sont dit « j’aurais pu y être ». Laura, elle, n’y était pas, en terrasse à Paris, ce 13 novembre 2015. Et pourtant. Un mois après les attentats qui coûtèrent la vie à cent trente personnes et firent plus de quatre cents blessés, la jeune femme de 24 ans se rend au commissariat des Mureaux (Yvelines), le bras bandé. Elle dépose plainte, racontant avec force détails ce qu’elle aurait vécu ce soir-là au Carillon, l’un des bistrots du 10e arrondissement frappés par les terroristes. L’horreur. Les corps gisants, les hurlements, le réflexe de protéger son ventre portant son enfant, les picotements dans un bras. Et l’explosion. Le « souffle » ressenti dans le bar.

Un détail de trop qui éveille les soupçons des enquêteurs. Car ce sont des rafales de kalachnikov qui ont dévasté la terrasse du bar, pas une bombe. Confrontée à ses mensonges, elle finit par tout avouer en février : elle n’y était pas. Elle a tout inventé.

Entre-temps, elle avait monté un dossier bien ficelé, hormis les fautes d’orthographe, et envoyé le tout à la maison départementale de l’autonomie et au fonds de garantie pour les victimes d’actes de terrorisme. Faux certificats médicaux décrivant des nerfs et des muscles arrachés, photographie d’un bras brûlé, trouvée sur Internet… Elle prend même soin de relancer deux fois le fonds pour accélérer la procédure d’indemnisation.

Une « tendance à faire beaucoup de raccourcis »

A la barre du tribunal correctionnel de Versailles, qui la juge, lundi 21 novembre, Laura s’excuse : « C’est inadmissible ce que j’ai fait. » Peut-être un « excès d’hormones », peut-être la peur de ne pas avoir de quoi élever sa petite. Toute de noir vêtue, elle parle très vite, d’une voix claire et assurée qui ne se brise qu’à l’évocation de sa fille, dont les cris résonnent parfois jusque dans la cinquième chambre derrière laquelle elle attend. Sa mère y mélange le traumatisme du divorce de ses parents, sa grossesse difficile, et tous ces reportages commémorant les attentats, il y a une semaine. Dimanche dernier, les noms des victimes du Carillon ont trouvé une place sur le mur d’en face.

Le psychiatre ? La jeune femme le voit une ou deux fois par semaine depuis le mois de mars. Ou plutôt, elle l’a vu une fois ou deux, puis appelé une trentaine de fois. « Au moins. » La présidente du tribunal penche la tête : « Vous avez tendance à faire beaucoup de raccourcis… » Avant d’évoquer le 13 novembre 2015, elle a déjà passé plus de deux heures avec la même prévenue, pour une autre affaire d’escroquerie dans laquelle elle s’était fait employer dans une pharmacie, avec un faux diplôme.

Alors les « larmes de crocodile » de Laura, l’avocat du fonds de garantie, qui s’est constitué partie civile dans ce « douloureux » dossier, n’y croit pas. Lui évoque les 2 437 cas déjà indemnisés, les 44,6 millions d’euros versés aux victimes du 13 novembre. Les vraies.

Au nom d’une société encore traumatisée par ce vendredi soir meurtrier de 2015, le procureur a requis trente mois d’emprisonnement à son encontre : « On ne se moque pas des victimes des attentats. » Elle a finalement été condamnée à un an de prison ferme.
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